Historique de l'école Wing Chun

Le Kung Fu Wu Shu

Kung Fu est le terme Chinois qui désigne un homme accompli, un homme qui se réalise dans l’expression de l’art qu’il a choisi, qu’il soit martial ou non. Wu Shu signifie littéralement "avec ou sans armes". Celui qui pratique le Kung Fu Wu Shu est donc un homme qui s’accomplit à travers l’étude des arts martiaux. Actuellement il existe plus de 450 styles de Wu Shu répertoriés en chine. On les classe en plusieurs catégories, selon leur origine géographique ou leurs caractéristiques techniques. On distingue ainsi les styles du Nord, du Sud, les styles internes ou externes, et combinés. Le Wing Chun, quant à lui, est issu de la synthèse de différents styles (tigre, dragon, serpent, grue blanche). Basé sur le concept yin / yang, il fait partie des styles combinés (internes et externes).

Dans les 50 dernières années, entre l’époque de Yip Man et aujourd’hui, en 2 générations, les arts martiaux ont vécu un bouleversement. Dans son souci de perfectionnement, l’enseignant doit intégrer les nouveaux styles, pour que le style demeure efficace, il doit évoluer, tout en conservant ses principes fondamentaux, et c’est çà qui est passionnant.

L'histoire de Wing Chun

La boxe du printemps radieux

En 1645, les Mandchous s’emparent de la Chine et font méthodiquement la conquête de l’Empire du milieu. Ils oppressent le peuple chinois, de souche Han à quatre vingt dix pour cent, et imposent leurs lois avec des méthodes impitoyables. Les moines de Shaolin prennent alors l’habitude de se réunir au temple pour développer une nouvelle forme de combat dans l’espoir de restaurer leur dynastie. Ils analysent ce qu’il y a de meilleurs dans chaque style pour obtenir une efficacité maximale et privilégient la stratégie des combats rapprochés, offrant ainsi à tous les pratiquants un apprentissage plus court et des techniques plus facilement assimilables. Ils sont malheureusement dénoncés et les Mandchous commencent à incendier les temples.

Cinq maitres sont à l’origine de ce style révolutionnaire, parmi lesquels une femme, la nonne Ng Mui, qui sera la seule à échapper au massacre. Réfugiée dans le temple de la grue Blanche, sur le mont Tai leung (également appelé le mont Chair Har), situé à la frontière du Yunnan-Szechuan, elle consacre son temps à élaborer la suite logique de ce style.

Yim Wing Chun, une jeune femme native de Canton, quitte cette ville pour le mont Tai Leung, où elle fait la connaissance de la nonne Ng Mui, qui lui enseigne ce nouveau style (plus tard, il portera le nom de cette jeune femme qui poursuivra l’oeuvre de son maitre).

Ng Mui participa donc à la création et à l’élaboration du Wing Chun, ainsi que quatre autres maitres : Pak Mee (Pak Mei), Fung Do Tak (Fung To Tak), Miao Hin (Mui Hin) et Gee Sin (Gee Shin).

Le style le plus connu et le plus universellement accepté est celui de Yip Man. Ce dernier est le premier à l’avoir publiquement enseigné à Hong Kong à partir de 1949.

Composition du Style Wing Chun

Ce style est composé de différents types d’entrainement spécifique. Il existe six formes dont trois à mains nues.

Shil lim tao donne accès à l’analyse, l’interprétation et l’utilisation d’une forme, qu’il s’agisse de l’aspect interne ou externe.

Chum kil permet de passer d’une distance à une autre. Ce sont les principes de Shil lim tao associés à l’étude des déplacements et à l’utilisation des trois distances (jambes, poings, et corps à corps).

Bil jee (le toucher de la mort- les doigts qui transpercent) étudie la précision des touches.

Mook jong, mannequin de bois utilisé pour le développement des applications martiales, représente un partenaire en bois constitué d’un tronc, trois bras, et ne jambe. Il permet d’étudier les combinaisons martiales, les angles, la diffusion de l’énergie lors de l’impact, mais aussi la précision, la vitesse et la puissance.

Ajoutons deux formes d’armes : une longue au bâton et une courte (couteaux papillons). Chaque type d’entrainements est lié aux autres et complémentaire.

Dans le Wing Chun, l’aspect Yin a été mis en avant dans l’utilisation de la « non force » : diminuer pour augmenter.

Une des composantes du style est basée sur ce principe, le chi sao (mains collantes), un exercice à deux qui utilise les bras pour s’exercer à infiltrer le système de défense de son partenaire sans se laisser toucher. Chi sao permet notamment de développer sa sensibilité par le contact, ce qui amène le pratiquant à détecter l’intention de son partenaire en utilisant les forces et les directions données par celui ci ; ainsi il parvient à ses fins sans s’opposer. Etre avec son adversaire et non contre permet ainsi plus aisément de comprendre l’art de combattre sans combattre. La technique est basée sur la structure même de l’individu, son fonctionnement physique et psychologique régi par les lois purement physique ; équilibre, déséquilibre, déviation, interception, stratégie, tactique, rien n’est laissé au hasard.

Le Grand Maître Yip Man

Né à Namhoi le 14. octobre 1893 dans la province de Guangdong, Yip Man a grandi à Futshan, une des grandes villes du sud de la Chine.

Son vrai patronyme était Gei Man, fils de Yip Oi Dor et de Ng Shui.

Il commença l’étude du Wing Chun à l’âge de 6 ans avec le grand maître Chan Wah Shun. En 1905, ce dernier meurt, après avoir demandé à son disciple Ng Chung Sao de compléter la formation de son élève. Trois ans plus tard, celle-ci terminée, Yip Man s’installe à Hong Kong, où il rencontre Leung Bik, fils cadet du grand maître Leung Jun - maître de Chan Wah Shun- avec lequel il travaille jusqu’à l’âge de 21 ans.

Puis, de 1914 à 1937, il travaille dans l’armée et la police.

En 1937, les Japonais envahissent le sud de la Chine et, durant cette période d’occupation, Yip Man, alors âgé de 44 ans, sombre dans la pauvreté.

Entre 1945 à 1949, Yip Man, qui vit successivement à Kwong Chow puis à Fut Shan, cesse la pratique du Wing Chun pendant deux années consécutives. A 56 ans, il part pour Macao puis s’installe à Hong Kong, où, dès juillet 1950, il commence l’enseignement dans Dai Lam Street à Kowloon.

De 1953 à 1954, il poursuit son enseignement à Hoi Tan Street, avec, pour élèves, Wong Shun Leung, Wong Kiu, Wong Chaok et Ng Chan.

A partir de 1955, parmi les nouveaux pratiquants, se trouvent ceux qui vont contribuer à l’évolution du style Wing Chun à travers le monde : Lee Kam Sing Hong Kong, Kan Wa Jeet dit Victor Kan (Angleterre), Lo Man Kam, (Taïwan), Cheung Cheuk Heng dit William Cheung (Australie), etc.

En 1957, Yip Man s’installe dans de nouveaux locaux pour cinq ans. Il a pour étudiant l’un des plus grands personnages qui marqua le monde des Arts Martiaux du 20e siècle : Lee Siu Lung “petit dragon” ou Bruce Lee, mais aussi Mek Po, Yeung Hei, Moy Yat et Ho Kam Ming.

De 1962 à 1963, il poursuit ses cours au 61 Tai Po Road, puis au dernier étage du restaurant de Tai Sang dans Fook Chuen Sreet, Tai Kok Sui, de 1963 à 1965.

A 72 ans, après avoir enseigné dans trois autres sites : Waterloo Road, Chi Yau Road, et enfin Siu Fai Toi, le domicile de son élève Yip Sing Cheuk, Yip Man s’établit dans Tong Choi Street où il donne ses derniers cours particuliers à Wong Chung Wah (Yat Oak Goi Tse), Wong Hei et Hong Jap Sum. Il s’éteint à son domicile le 1er décembre 1972, à l’âge de 79 ans.

Yip Man Grand Maître Yip Man
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